02 novembre 2021

 

Dans la région d’Atacama, l’altiplano est un magnifique terrain de jeu pour découvrir le monde des hauteurs ! C’est l’endroit rêvé pour tous ceux qui souhaitent réaliser un baptême d’altitude mais aussi pour ceux qui désirent aller plus loin, plus haut, et caresser leurs limites. Et nous l’avons fait, pour vous, nous sommes allées danser avec deux géants de roche ! Nous avons ouvert le bal avec le Cerro Toco, avant de valser avec le volcan Sairecabur !

Cela fait déjà plus d’une semaine qu’avec Anaïs, Claire et Nathalie, nous sommes arrivées à San Pedro de Atacama. Entre visites, découvertes et randonnées, nous avons réalisé plusieurs journées sur l’altiplano chilien. Ces étapes étaient non seulement incontournables pour la beauté des paysages mais elles l’étaient aussi et surtout pour nous préparer à ce qui nous attendait : l’altitude ! Et nous y étions, ce matin-là, face au Cerro Toco, à espérer que nos corps se soient suffisamment acclimatés car nos esprits, eux, voulaient aller en haut ! Avant de partir, comme un rituel, notre guide nous donne des feuilles de coca séchées pour prévenir le mal d’altitude. Soyons sincères : ce n’est ni bon, ni agréable en bouche ! Alors pour masquer le désagrément, nous mastiquons un chewing-gum mais c’est peine perdue !

Nous voilà prêtes ! L’excitation est présente. Nos pieds trépignent d’impatience. Mais, notre guide Felipe nous prévient : la maîtrise, la discipline et la lenteur sont maîtres-mots, ici, à plus de 5000 m d’altitude.


Nous commençons l’ascension et tâchons, malgré nos bonnes sensations, de nous contenir et d’adopter un rythme lent. Et puis tout d’un coup, au bout de quelques pas, au bout de quelques mots échangés, elle arrive, elle se fait sentir, elle est là. L’altitude nous coupe le souffle, elle nous fait vaciller et tourner la tête, elle engourdit nos corps. On ne la voit pas mais elle est pourtant bien présente. Le sentier n’est en soi pas difficile et la pente est douce, alors, nous poursuivons notre chemin, petit à petit, à la cadence lente de nos bâtons.

Au fur et à mesure de notre avancée, nous découvrons des paysages époustouflants ! Et puis, nous faisons une rencontre avec la poésie matérialisée : les pénitents. Ces formations de glace ne se trouvent qu’à haute altitude, là où les conditions de pression et températures sont réunies pour créer ces sculptures aussi pointues que magistrales.

Il nous aura fallu presque 3 heures et 3 pauses plus que nécessaires pour nous réhydrater et pour reprendre de l’énergie avant d’enfin apercevoir le Graal. Et alors, il était là, devant nous, un monticule de pierres surplombé d’un bâton sur lequel flottaient de petits drapeaux colorés nous le signalait, nous avions atteint le sommet ! 5604 mètres ! Nous envahissent alors, je crois, plus d´émotions que l’on n’aurait pu le soupçonner. Certaines avaient les yeux brillants, une larme en coin, d’autres riaient sans trop savoir pourquoi, puis on s’est tour à tour embrassées du côté gauche : cœur contre cœur. Cette arrivée au sommet était un moment de partage et de joie. L’espace d’un instant, nos maux de tête persistants sont devenus plus supportables, c’était un maigre tribut face à la grandeur du paysage qui se dévoilait devant nous.

La frénésie passée, nous nous restaurons brièvement avant de prendre les photos de rigueurs et de redescendre vers San Pedro de Atacama, la tête encore dans le ciel.

 

Deux jours ont passé depuis notre ascension du Cerro Toco. Cette fois, nous allions vers ce nouveau défi, plus dur celui-ci. À deux heures de route de San Pedro de Atacama, se trouve le volcan Sairecabur qui culmine à presque 6000 mètres. Depuis la veille, nous éprouvions d´ailleurs une certaine appréhension mêlée à de l’excitation. Jamais aucune d’entre nous n’avait essayé d’aller aussi haut sur cette planète ! Nous partions alors danser avec ce cavalier sans savoir si nous étions invitées au bal ! Il est 8h du matin et nous voilà, toutes les 4, au départ de cette journée de haute montagne.

Nous entamons cette lente progression un peu comme un périple. Lors des pauses nécessaires pour nous ravitailler nous prenons le temps d’ouvrir les yeux sur le vaste territoire altiplanique. Les paysages sont fantastiques ! Nous faisons une première étape au niveau d’un ancien refuge de mineurs. Le chemin, jusque-là, est bien dessiné. L’endroit quant à lui nous donne à réfléchir sur le labeur des hommes qui, d’antan, sont venus jusqu’ici. Nous reprenons l’ascension. Cette fois, le chemin n’est pas tracé et le sol est plus instable. Nous arrivons à un palier d’où l’on contemple la forme majestueuse d’un cratère qui, en contrebas, nous donne l’échelle de l’immensité.

Les corps sont mis à rude épreuve, surtout lorsque l’on a aucune expérience ou presque de la montagne. Le mal de crâne et les symptômes de l’altitude sont extrêmement présents. Et si ce n’est le corps qui joue des tours, c’est aussi l’esprit qui se révèle ici. Là, sur le flanc de ce volcan, la grandeur de la nature s’impose à la conscience. Le chemin vers la cime est plus dur. Un passage vertical, instable et glissant donne à réfléchir sur le retour. Plus haut, nous atteignons le faux sommet, une zone accidentée, où d’énormes roches rendent la progression lente et complexe. Entre ces blocs, la glace mêlée à l’eau nous rappelle l’hostilité du milieu.

S’attaquer au Sairecabur n’est pas une mince affaire. Et si côtoyer les nuages depuis son sommet paraît tout aussi attrayant que difficile, l´épreuve en elle-même n’est peut-être pas celle que l’on soupçonne. La montagne et l’altitude ont ce don de révéler l’invisible au-delà du visible et les ascensions deviennent alors des expériences intimes mêlant les défis physiques aux introspections. L’idée d’une telle journée à ces hauteurs hors du commun n’est donc pas d’arriver au sommet coûte que coûte mais bel et bien de monter et surmonter sa propre montagne.

 

Anne B.

Carnet pratique

Quelques conseils pour l’excursion : les protections solaires (lunettes et crème) sont de mise, l’hydratation est un facteur important, et de ce fait il faut prévoir de l’eau en quantité et les bâtons de marche sont indispensables ! L’habillement technique et les chaussures hautes font partie de l’équipement à avoir.

Durées et distances :
Cerro Toco : compter 1h30 depuis San Pedro de Atacama, 2 à 3 heures d’ascension et 1 heure pour redescendre.
Volcan Sairecabur : compter 2h30 de route depuis San Pedro de Atacama, 4h30 à 5 heures d’ascension et 3 heures pour redescendre.

Dénivélé :
Cerro Toco : départ à 5200 m d’altitude arrivée à 5604 m. Dénivelé + 400 m.
Volcan Sairecabur : difficile, départ de 5515 m et arrivée à 5985 m Dénivelé + 470 m.

Note : pour votre sécurité et pour vous indiquer le chemin parmi les roches, il est indispensable de partir avec un guide.

Comment y aller ? Vol de Santiago à Calama puis direction San Pedro de Atacama. Les chemins d’approche pour les départs de la marche sont complexes et l’usage d’un véhicule 4×4 est requis. Il y a une cinquantaine de kilomètres de route et piste pour aller au Cerro Toco depuis San Pedro de Atacama et pour le Sairecabur 80 km. Nous vous recommandons d’y aller accompagné d’un chauffeur et d’un ou plusieurs guides pour l’ascension.

Un circuit ? Randonnées dans les vallées et les volcans du désert d’Atacama.

 

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