3 juillet 2023
La vallée de l’Elqui est réputée pour être une oasis dans la région semi-aride du Norte Chico du Chili. C’est là qu’est produit l’alcool national, à savoir le pisco. C’est aussi l’un des lieux que traverse la route 41 aussi nommée « ruta de las estrellas », la route aux étoiles.

La vallée de l’Elqui est un lieu d’importance au Chili, en raison de son ciel pur et dégagé qui permet d’admirer les étoiles comme nulle part ailleurs. De nombreux sites d’observation astrale s’y développent donc, scientifiques comme touristiques. Cette proximité avec les cieux, renforcée par la beauté des couleurs de la chaîne montagneuse, fait vivre aux voyageurs qui s’y aventurent un séjour à part. Mais elle est aussi le berceau de la production du pisco, l’alcool national chilien, car son climat exceptionnellement ensoleillé crée un raisin très sucré, idéal pour l’élaboration d’une eau-de-vie de qualité.

Nous nous rendons à Vicuña, au petit jour, puisqu’il s’agit de la ville la plus importante et centrale de la vallée. La gare routière se trouve juste à côté de la place centrale, nommée Gabriela Mistral, en l’honneur de cette poétesse prix Nobel de littérature qui grandit et fut institutrice à Vicuña. À notre arrivée, cette place semble nous accueillir chaleureusement par sa décoration faite de nombreuses guirlandes qui rappellent l’ambiance des guinguettes. Après avoir pris notre petit-déjeuner dans le centre-ville, nous nous familiarisons avec les lieux en déambulant dans les grands marchés artisanaux qui bordent la place centrale. Nous restons un moment dans cette atmosphère festive des stands de bijoux, pierres aux énergies vertueuses, vêtements et spécialités culinaires du Chili.

Nous prenons le bus en direction du réservoir d’eau Puclaro qui forme un lac retenu par un barrage, en aval de Vicuña. Là-bas, nous rencontrons à nouveau plusieurs échoppes où nous goûtons au copao, fruit du cactus silvestre Eulychinia acida, qui est l’une des seules traces de végétation poussant sur les montagnes de la vallée. Son goût proche du kiwi nous rafraîchit et nous poursuivons le chemin jusqu’au barrage.
De retour à Vicuña, nous déjeunons puis visitons le musée Gabriela Mistral, qui se trouve dans le centre culturel que l’écrivaine a elle-même ouvert en 1935. L’exposition permanente du lieu retrace la vie de la poétesse en s’appuyant sur ses objets et ses écrits. Derrière ce bâtiment, un joli jardin apporte aux visiteurs une fraîcheur bien appréciable.

Nous poursuivons notre découverte de la ville en montant jusqu’à un point de vue où se trouve une statue de la Vierge. Le ciel d’un bleu perçant, complètement dégagé, se préserve des nuages qui ne parviennent pas à franchir les montagnes andines.

Nous terminons notre journée à Vicuña par la visite de l’église de l’Immaculée Conception, avant de nous rendre à notre hébergement, à 15 minutes de route, plus en haut dans la vallée. La lumière du coucher de soleil rosit tout le paysage et révèle un éventail de couleurs qui passe du dégradé du ciel à celui des strates de roches des montagnes.

Émerveillés, nous nous rendons à l’observatoire où nous avons réservé une séance de découverte guidée des astres. On nous accueille avec, au choix, un verre de jus, un pisco sour ou un mango sour, puis on emmène notre groupe près du premier télescope. Un astrophysicien nous parle de diverses constellations que l’on ne voit que dans l’hémisphère sud, nous fait voir des galaxies, des étoiles et des planètes, et nous explique certains phénomènes physiques comme la naissance et la mort d’une étoile. C’est un moment hors du temps, où la magie de ce ciel étoilé si pur nous envoûte. Nous observons les astres au moyen de deux autres télescopes, de plus en plus grossissants. La séance se termine, et nous rentrons nous coucher, des étoiles plein les yeux.

Le lendemain, nous nous levons tôt pour descendre une partie de la vallée à vélo, du village de Pisco Elqui et son marché d’artisans jusqu’à Vicuña. Le long de ces 40 kilomètres, nous visitons Monte Grande et Paihuano, deux petits villages, puis nous pique-niquons au bord de la rivière dans un cadre bucolique. La vallée de l’Elqui nous donne à voir une nature unique, un contraste rare entre des montagnes arides et nues, et l’écrin de végétation qui entoure le lit du fleuve permettant la culture d’arbres fruitiers, dont des vignes. Notre escapade à bicyclette se termine en beauté dans l’une d’entre elles : nous visitons la pisquería Aba, qui produit du pisco de manière traditionnelle et nous offre une dégustation de trois cuvées de cette eau-de-vie. Nous apprécions beaucoup les différents goûts d’alcool, mais celui qui retient le plus notre attention est le pisco aromatisé au maquis, une baie du sud du Chili, qui lui ajoute une note subtile, fruitée et peu sucrée.

Ces deux jours au creux de la vallée del Elqui nous ont complètement transportés. Nous en partons, une saveur douce de pisco sur les lèvres et des souvenirs lumineux des étoiles plein la tête. Ce n’est qu’en se laissant emporter par la beauté si particulière de cette région semi-aride que l’on peut comprendre la persistance des croyances qui lui prêtent un pouvoir mystique : la vallée de l’Elqui est si envoûtante qu’aucun de ceux qui la visitent ne peut l’oublier.
Mathilde G.