La Camanchaca

Un nom poétique et inspirant pour un phénomène qui amène la vie dans le désert le plus aride du monde!

La camanchaca se retire, vallée de Copiapo

Kamanchaka c’est le nom qu’ont donné les Aimaras, les indigènes autochtones du désert d’Atacama, à ce phénomène climatique local. Le terme signifie «obscurité» et il est repris dans l’espagnol courant comme Camanchaca pour dénommer ce brouillard que l’on retrouve sur les côtes de la moitié nord du Chili jusqu’au sud du Pérou. Cette brume est dynamique, c’est-à-dire qu’elle se déplace portée par la brise marine.

Durant la journée, la surface de la mer absorbe et accumule chaleur issue des radiations solaires. Pendant la nuit et tôt le matin, cette chaleur est libérée ce qui produit de la vapeur. En matinée cette même brume ne parvient pas à prendre de l’altitude du fait de la présence de l’anticyclone du Pacifique. Le vent pousse alors la brume qui se retrouve prisonnière contre la côte qui à ces endroits est constituée d’un cordon de montagne. Plus la journée avance plus cette condensation se réchauffe et s’élève avant d´être se dissiper par les hautes pressions de l’anticyclone.

Capteur de brouillard, nord Chili

La Camanchaca est présente casi toute l’année. Grace à elle, ça et là se sont développées des oasis végétales abondantes. Par exemple dans le parc National Fray Jorge, sont présentent des espèces typiques des zones où les précipitations sont de l’ordre de 1.000 à 2.000 mm à l’année. Or dans cette région du Chili les précipitations annuelles enregistrées sont aux environs de 50 mm. Les plantes comblent leurs besoins en eau en captant l’eau de la brume. Cette forêt millénaire est un échantillon de ce qu’était le désert d’Atacama lors de la dernière glaciation il y a 30.000 ans. Déclaré Réserve Mondiale de la Biosphère par l’UNESCO en 1977, ce parc d’environ 400 hectares accueille également un faune sédentaire mais aussi migratrice qui y trouvent refuge.

Plus au nord encore, peu avant d’arriver à Iquique, dans le secteur de Punta Patache se trouve la Route Patrimoniale Oasis de Niebla Alto Patache (oasis de brume). Le circuit évoque l’ensemble des conditions qui permettent l’existence de la Camanchaca ainsi que les retombées que celle-ci a sur la nature et sur les activités humaines. La route composée de 6 stations se parcourt en un peu plus de 3 heures. Tout au long du chemin de nombreuses choses sont à observer, le paysage, la faune, la flore mais aussi une station de recherche, les dispositifs de collecte de l’eau, des restes de pointes de flèches du lithique ou encore un sismographe.

Dans certains endroits, rares, les Hommes parviennent à exploiter cette source hydrique qu’apporte la Camanchaca. Pour se faire, 4 facteurs sont à prendre en compte. Le cordon montagneux doit atteindre 500 m ou plus de hauteur. Celui-ci doit également être perpendiculaire aux vents dominants et il doit être proche de côtes. En effet, cette situation géographie spécifique minimise les pertes d’eau par évaporation avant que les nuages n’atteignent les montagnes. Enfin, derrière le cordon il doit y avoir une plaine qui reçoit une forte radiation solaire. La présence de cette plaine génère une aspiration des nuages à travers les montagnes.

Capteur de camanchaca, Chili

Depuis les années 1960, des chercheurs s’intéressent aux méthodes de collecte de l’eau contenue dans la Camanchaca. Aujourd’hui un village de pêcheurs entiers est alimenté en eau potable grâce à cette brume. Chungungo qui possède 400 habitants permanents et qui en été sa populations atteint 1000 personnes. Quand l’exploitation minière d’El Tofo a fermée, le village s’est retrouvé sans approvisionnement d’eau. Les habitants doivent alors faire venir l’eau potable en camion sur une distance de 60 km. La CONAF, commission nationale forestale entreprend d’implanter des captanieblas ou capteur de brouillard. Ces mailles implantées face au vent filtrent passivement l’air et collectent l’eau qu’il contient. Plus de 100 dispositifs sont installés et alimentent aujourd’hui le village qui a suffisamment d’eau pour subvenir aux besoins courant mais également dispose de surplus pour arroser des arbres et plantes.

La Camancha est un phénomène climatique essentiel dans le nord du Chili. Sa présence rend possible la vie, une diversité végétale qui abrite une faune qui ne pourrait survivre sans l’humidité de cette brume. Les activités humaines également se voient bénéficiées par ce brouillard épais qui jour à jour beignent les côtes chiliennes et également péruviennes.

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